vendredi 31 mai 2013

Philippe Blanchon, Reliquat

Philippe Blanchon, par Marie-Hélène Villierme, 1988


[La chasse aux fantômes]

Ainsi donc le bleu s’éclaircissait peu à peu
aurore fraîche de son corps forcissant
L’adieu aux platanes troqués aux lampadaires
de cette aube reflétée au sol éclatant
se fit présomptueux par les fleurs nouvelles
Ainsi fut le grand parc allumé des pas conquérants
Ainsi le soleil froidement
promettait la fatigue pour plus tard
Le ciel mangeait le bleu de la lune
dévorée par la mer et sa ferraille portuaire
d’un long voyage fait à quai
Souvenir de plomb immergé
La Cité mourait malgré son grand parc
aux fontaines de cendre et de glaise
Grands arbres des Cités mourant lentement
avec de sombres et silencieux sursauts d’agonie
agonie aussi bien définie que celle d’un vieux pigeon
Ville matinale portant sans effort sa cécité
encore et espérait encore jusqu’à l’événement prochain
Et c’est cela que nous dit l’aube
dans ce blanc des vagues amnésiques
Ville qui ne fut que mirage
dans un désert de sel et de pierres
de pierres vacillantes à la clarté de l’âme
de quelques marins qui y pêchaient encore
Ville qui fut pourtant l’évidence
l’évidence avant que d’être et qui jamais ne meurt
Ville qui fut puisque furent le parc
la place à l’aube ou les délires d’alcool
dans la nuit de ces rues misérables
puisque furent les fleurs et les arbres
les arbres le regardant en pleurant
et les fleurs odorantes de ses aveux.


Printemps

Saison de tous les nivellements
Car le chant du rossignol
c'est savoir le départ impossible
mais aussi l'heureux voyage
c'est le cœur qui redevient muscle
de son accélération insomniaque 
                                               1989


in Reliquat de santé & La nuit jetée


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