vendredi 4 janvier 2013

Poèmes de Brian Lynch (traduits par François Rannou)

Brian Lynch, poète irlandais.



Mythe 


Les filles, pour échapper à

Leur « famille d’origine »,

Quittent la maison, traversent un pont magique

Et changent de nature.

Leur père les aperçoit : devenues daims

Et tente de les tuer.

Elles lui révèlent qui elles sont.

Il abaisse son fusil et leur dit : revenez.

Elles répondent non nous devons

T’écraser avec nos bois

Et de toute façon ils sont trop larges

Pour la porte d’entrée.

Mais lorsqu’à la fin elles reviennent

La maison est vide sous le soleil,

La Mère est partie au sud ou au nord,

Et, alors, là, sans père,

La porte est plus large qu’elle n’était,

Ou, oui, plus large qu’elles avaient imaginé.


50 ans


La pendule fait cliqueter son tic-tac
Encore une minute jusqu’à douze, j’aurai 50 ans.
Je dois me désencombrer de mes souvenirs —
J’y suis parvenu jusqu’à maintenant —
Et me tourner vers l’écriture, la poésie.
Plus tôt, Camille est entrée
Avant qu’elle aille se coucher.
Tu as seulement 49 ans, m’a-t-elle dit,
Et 364 jours,
Et elle m’a embrassé tendrement.
Ma vie sur ses lèvres.
Sa vie dans mon cœur.
Qu’y a-t-il d’autre à demander ?

Ce qu’il y a d’autre, c’est ce que je demande,
Et je pense à l’endroit où je suis allé aujourd’hui :
Voir le lieu où je suis né,
La maison où j’ai vu le jour —
devenue des appartements —
Et la tombe de mes parents,
Je lis leur épitaphe : c’est Mieux Maintenant,
Rajouté depuis que ma mère est morte,
Elle disait toujours ça
Et a continué à le dire
Jusqu’à ce qu’elle s’allonge pour mourir,
Son esprit presque parti, aveugle
Et dans sa souffrance, elle se tenait prête.

Parmi les galets sur la tombe
J’ai posé un brin de laurier.
Je l’ai cueilli dans un buisson
Du Jardin Botanique
En passant sans penser à rien,
Et j’ai trouvé qu’il serait bien là.
La vie est ainsi orientée vers la poésie
Ou inversement: ce qui surgit
Trouve après-coup sa signification.
Mais comment expliquer la rose
Sur mon bureau dans le soliflore ?
Comme je franchissais la grille
Je passai près de l’écrin sacré
Où la chanson de Tom Moore
La Dernière Rose de l’Été
Est commémorée par
Une branche de la fleur
Qui l’a inspiré.
Une fleur dans son fourreau s’épanouissait là —
Souviens-toi, c’est ça Février :
La Dernière Rose de l’Été était
La Première Rose du Printemps —
Et je l’ai ramenée chez moi.


Qu’est-ce que tout cela essaie de me dire maintenant ?
J’ai arrêté de me souvenir.
1 heure et vingt minutes, c’est déjà trop tard,
Et j’ai 50 ans.
Le chemin est plus sombre que le ciel,
Et je vois pourtant qu’il s’achève
Par un buisson de laurier, la première, la dernière
Des roses et une grille ouverte.
Il semble que j’aie finalement atteint là
Où la fin signifie le début
Et ce commencement contient un adieu.

(Traduction François Rannou)
Droits réservés

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire